Un projet audacieux

En 1975, la crise de l’Église bat son plein en Europe.  Les vocations plongent au même rythme que la pratique religieuse. En parallèle, de nouvelles communautés jaillissent. La décennie est témoin de nombreuses fondations. Poussées par l’Esprit, on voit naître l’Emmanuel, le Chemin Neuf, le Lion de Juda (Béatitudes), les frères de Saint-Jean, les moines apostoliques de Saint-Jean-de-Malte, etc.

À Paris, l’église Saint-Gervais accueille les premiers balbutiements des Fraternités Monastiques de Jérusalem (FMJ). Le projet est audacieux : offrir une forme nouvelle de vie monastique au cœur de la ville.

Depuis septembre 2004, les FMJ ont franchi l’océan s’implantant pour la première fois à l’extérieur des frontières européennes, en sol américain. Au moment où nos églises grisonnent, le diocèse de Montréal, par la voix du Cardinal Jean-Claude Turcotte, a choisi d’inviter les FMJ à venir s’intégrer à l’Église montréalaise. Une grâce: l’évangélisation par la beauté liturgique contemplative au cœur de la ville.

 Germination

Avant la création des FMJ, la vision d’un monastère citadin était déjà portée par l’archevêque de Paris, le Cardinal Marty. Dans un hebdomadaire parisien, il lançait l’appel: «Au centre de Paris, les églises ne manquent pas: l’une d’elles doit devenir un grand chant de prière monacale, invitant les Parisiens à une halte heureuse…» L’appel demeure sans écho véritable jusqu’à ce que le Père Pierre Delfieux le fasse sien et lui donne forme.

Après dix ans de sacerdoce, essentiellement passés dans le monde universitaire, puis deux ans au Sahara, près de l’ermitage du Père Charles de Foucauld à Tamanrasset, le Père Pierre Delfieux revient à Paris avec le projet de fonder une vie monastique au cœur de la ville. La rencontre entre les deux hommes a lieu en juillet 1974, à Royat. Le fameux « C’est d’accord! » lancé par le Cardinal Marty est reçu comme un ordre de mission par celui qui deviendra le frère Pierre-Marie.

Le 15 mars 1975, dans la foulée de la création des FMJ, le frère Pierre-Marie affirme : « Il ne s’agit pas de fonder quelque chose, mais de vivre l’Évangile et de faire du presbytère de Saint-Gervais un monastère et de l’église un tapis de prière sur le macadam de Paris, tout en restant Parisien avec les Parisiens. Il ne s’agit pas de contrer ceci ou cela, mais de créer un espace de prière et de silence, d’accueil et de partage, en se plongeant dans la ville sans s’y engloutir, et ainsi révéler la présence d’une source vive au cœur du quotidien, réaliser un mystère de communion dans le rythme du Paris d’aujourd’hui, sans rien instituer, sans bagage pour la route. »

« J’aimerais simplement pouvoir dire ici que ce que nous cherchons n’a rien, absolument rien qui veuille contredire quoi que ce soit d’existant. Nous aimons trop le monachisme traditionnel pour cela, et saint Benoît en particulier. Ce que nous cherchons veut pouvoir se construire, comme Dieu veut, dans la complémentarité le plus possible et l’harmonie, compte tenu des appels multiples de cet aujourd’hui. »

 Fondation officielle

C’est le 1er novembre 1975, à la messe de la Toussaint, que les Fraternités Monastiques de Jérusalem sont nées. L’église Saint-Gervais les accueille pour la célébration de leur première liturgie. Elles sont officiellement fondées le 30 novembre 1975, soit le premier dimanche de l’Avent, au cours de l’Eucharistie présidée par le Cardinal Marty à l’église Saint-Gervais de Paris. Le 8 décembre 1976, fête de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, une Fraternité Monastique féminine naît en harmonie avec celle qui vit déjà à Saint-Gervais. Trois ans plus tard, en 1978, les FMJ reçoivent leurs Statuts.

Vient ensuite l’étape des Constitutions données par l’Église pour conduire la marche des Fraternités. À ce sujet, le Frère Pierre-Marie écrit en novembre 2000 dans la revue Sources Vives: « Grâce à Mgr Albert Rouet et avec l’aide efficace du Père Pierre d’Ornellas, alors secrétaire de l’Archevêque, dès 1989, le texte a été en chantier. Dès 1991, le Cardinal Lustiger nous le donnait  »ad experimentum ». En 1996, avec la double approbation de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et de la Congrégation de la Vie Consacrée, reconnaissance officielle nous était accordée. Quelle joie dans nos Fraternités quand une lettre du Cardinal Jean-Marie Lustiger nous a annoncé l’érection définitive des FMJ en Institut de Droit Diocésain! » Les Constitutions représentent une grâce pour Jérusalem parce qu’elles donnent une reconnaissance ecclésiale et une stabilité institutionnelle.

 Rayonnement actuel

Aujourd’hui, les moines et les moniales des FMJ rassemblent en leurs rangs plus de 30 nationalités différentes. Le Livre de Vie de Jérusalem, qui consigne l’essentiel du charisme de la Communion de Jérusalem, est traduit dans plus de 20 langues. La maison-mère des FMJ est toujours à l’église Saint-Gervais à Paris. Une foule urbaine de 700 000 visiteurs y passe à chaque année. Les FMJ sont aussi implantées à la basilique Sainte-Marie-Madeleine, à Vézelay (1993), à Strasbourg, à l’église Saint-Jean (1995), en Italie, à l’église de La Badia Fiorentina, dans la ville de Florence (1998), en Belgique, dans la capitale, Bruxelles à l’église Saint-Gilles-au-Parvis (2001), au Mont Saint-Michel (2001), à Rome, à l’église de la Trinité-des-Monts (2006), en Allemagne, à l’église GroB Sankt Martin de Cologne (2009), en Pologne, à l’église Notre-Dame-de-Jérusalem, dans la ville de Varsovie (2010).

Les FMJ sont aussi présentes dans le diocèse de Blois où la maison de «Magdala» offre un lieu de retraites spirituelles pour les religieux et les laïques. Une fondation à Kpalimé (au Togo, Afrique de l’ouest) est en préparation.

Depuis septembre 2004, les FMJ sont présentes à Montréal. Elles s’insèrent dans le secteur dense du Plateau Mont-Royal; venant en complémentarité s’intégrer dans l’Église à Montréal.